Après avoir posé pied à terre ce matin sur le ponton de Port Olona, Manuel Cousin, rayonnant de bonheur, nous livrait ses premiers mots sur sa course à sa conférence de presse. 

Comment vous sentez-vous ?

” Je me sens tellement heureux d’avoir franchi cette ligne d’arrivée, d’avoir remonté ce chenal. Honnêtement, j’osais à peine y penser car il y a des moments j’étais bien et puis des galères arrivaient donc je me demandais pourquoi ça ne fonctionnait pas. J’étais à la place où je pouvais être avec mon bateau et j’ai dû aller me mettre dans un anticyclone pour pouvoir réparer pendant 24 heures dessus. Je suis reparti, mais à partir de là, la course a pris une autre allure car j’avais du mal à tirer autant sur le bateau. La course fait que d’autres galères sont arrivées. Ce n’est pas une course simple, ça se saurait. Et il y a 15 jours ça a été dur, on se bagarrait encore avec Miranda et Clément quand la tige de vérin de quille s’est cassée. A ce moment-là je me suis vraiment dit que ce n’était pas gagné. Je suis tellement heureux d’être là. 

Comment pourriez-vous décrire les mers du Sud ?

C’est tellement de choses. C’est une atmosphère très particulière. Il y a des grosses houles, un ciel très bas, des dépressions qui se succèdent, plein d’oiseaux, surtout des albatros. En descendant, j’avais très hâte de les voir et quand un matin un est apparu derrière le bateau, c’était magique. C’est tellement majestueux. Au début,on est super content car on y va pour le voir et, après un mois, on est content de le quitter ! Ce qui est dingue c’est que quand on arrive ici, on a déjà envie d’y retourner. 

Pouvez-vous parler de l’importance de l’quipe dans cette course ?

Quoi qu’on fasse, c’est toujours mieux d’être bien entouré, mais dans un sport extrême comme celui-là, c’est encore plus important. Il y a tout d’abord ma femme, Sandrine, qui est aux avant-postes, mon partenaire que j’ai depuis quelques années, et puis toute l’équipe technique. Autant de personnes soudées qui forment une petite famille. On essaye de faire les choses bien. On est arrivé dans la Classe IMOCA par la petite porte, mais on a toujours essayé de montrer qu’on pouvait bien faire les choses bien. J’espère pouvoir dire qu’on est reconnu par les gens qui me faisaient encore rêver il y a quelques années. J’ai eu de nombreux échanges avec ces coureurs avant de commencer, mais aujourd’hui c’est devenu des copains, des collègues, des concurrents. Ce qui est important dans notre sport, c’est cette solidarité qui est incroyable. Jamais je n’ai reçu autant de messages de soutien. C’est une solidarité qui n’est pas usurpée. Je suis super fier de faire partie de cette famille. 

Quels ont été les moments forts ?

Celui que je viens de vivre il y a deux heures en fera partie. L’arrivée est un des moments les plus forts, mais il y en a plein. Le départ aussi ce n’est pas rien, c’est peut-être aussi parce que j’avais une autre vie professionnelle avant, donc je me rends plus compte que ce que c’est d’être arrivé là. Il y aussi le passage du cap Horn, ou quand on passe la longitude et on se rend compte qu’on est cap-hornier, c’est dingue. Et puis il y a plein de moments de course, quand on voit les premiers albatros, quand le bateau marche bien, qu’on va vite et qu’on se fait plaisir. Quand on part pour un Vendée Globe, on part aussi en y pensant. Il aurait vraiment fallu que je rencontre une très grosse avarie pour que je n’arrive pas ici aujourd’hui. 

Qu’aviez-vous dans la tête cette nuit ?

Cette nuit, à 2h du matin, c’était le premier moment où j’ai relâché la pression. Jusqu’à cette nuit c’était compliqué avec le bateau blessé et je savais que je devais éviter de prendre de trop grosses dépressions. Là, c’était du vent portant, donc je me suis dit que même si la quille tombait, je pourrais quand même atteindre la ligne. Pendant 3 heures, j’ai eu la musique à fond dans le cockpit. J’avais les yeux humides en me disant que je l’avais fait. Une fois passé le plateau de Rochebonne où il y a beaucoup de pêcheurs et donc où il faut faire attention, j’ai tout lâché. Je me suis fait plaisir dans ma tête. 

Etiez-vous suffisamment préparé ?

Je m’étais préparé du mieux possible. Physiquement, j’étais vraiment prêt. Pour le bateau, je n’ai pas eu de soucis au début, donc je pense qu’il était prêt aussi. Il est clair que pour le prochain, s’il y en a un, je serai plus prêt que je l’étais là, car il y aura moins d’effet de surprise. Rien ne remplace l’expérience. Donc il y aura sans doute des choses que je ferai mieux ou différemment. Je suis arrivé là donc je pense que j’étais prêt avec les moyens que j’avais pour l’être. 

Imaginiez-vous cette course si difficile ?

Je suis un passionné depuis tout jeune de cette course et c’est aussi la difficulté qui nous attire. On sait que c’est une course extrême. Je n’ai pas été surpris par ça car je m’en doutais. C’est ce qui fait la beauté de cette course. Il faut être très bien préparé, on ne part pas comme ça faire un Vendée Globe. “

Avez-vous été témoin de la pollution des océans ?

Oui forcément. Mais on ne voit pas des sacs poubelle tous les 3 mètres. On est les témoins d’une pollution et même dans les mers du Sud où il n’y a rien. Il y en a beaucoup. Il y a aussi des phénomènes qui évoluent et qui semblent bizarres. J’ai eu énormément de sargasses du nord du Brésil aux Açores. Je n’en avais jamais eu sur une période aussi longue. On se demande si c’est le réchauffement climatique. Puis, au milieu de L’Atlantique, dans les Alizés du Nord-Est, je voyais des AIS de pêcheurs chinois et une multitude de points, écartés de 2-3 milles seulement. C’était des filets dérivants avec quelques bateaux. Je n’ai pas vu sur la totalité de la longueur, mais ça faisait des dizaines et dizaines de kilomètres de long. C’est triste de voir des bateaux chinois qui ravagent l’océan comme cela. 

Voudriez-vous y retourner ? Si oui, dans quelles conditions ?

Évidemment on a envie d’y retourner. Avec une idée et un bateau plus compétitif. Je viens juste de poser pied à terre donc il faut en parler car il s’est passé plein de choses sur ce Vendée Globe”. 

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