Aux prises avec le cœur de l’anticyclone de Sainte-Hélène, Manuel cousin a eu tendance à s’oublier ces derniers jours, occupé qu’il était à tenter de garder un cap dans la pétole.

Un anticyclone très étalé

« Je vais… bien. Les conditions ne sont pas faciles, il n’y a pas beaucoup de vent au milieu de l’anticyclone, ce n’est pas très sympa. Clairement, c’est compliqué. Je savais que, malheureusement, l’anticyclone était super étalé, et je pense qu’il monte aussi en même temps que moi. Moralement, ce n’est pas simple parce que ça peut être un gros coup d ‘arrêt à la remontée. On est en course, Miranda (Merron) et Clément (Giraud) sont bien revenus, c’est jamais simple à accepter. Il faut gérer la fatigue et le manque de sommeil, parce qu’il faut ‘être dessus’. J’en ai encore jusqu’à cet après-midi ou ce soir, après, ça devrait redémarrer tranquillement. “

Pas une minute de sommeil

« Je n’ai pas dormi une seconde cette nuit. Ça tient péniblement à 2-4 nœuds. On est content quand le bateau va dans la bonne direction, c’est un peu le casse-tête. Je savais que j’allais galérer. Contrairement à ce que les gens croient, ce n’est pas cool : il n’y a pas de vent, entre 1 nœud et 2-4 quand ça va bien – 5 nœuds, c’est beaucoup. En force et en direction, c’est complètement aléatoire. Il faut régler, sinon on est à 180° de la route, à faire du Sud, ce qui n’est pas terrible pour remonter l’Atlantique. Il faut régler, virer, empanner, c’est super fatiguant physiquement, comme j’ai besoin de grandes voiles. J’ai le J1 en place, la grande voile plate et le gennaker et, selon d’où vient le vent, je prends l’une ou l’autre. Il faut les manipuler, on y laisse beaucoup d’énergie. Et psychologiquement, c’est fatiguant parce qu’on se démène. »

Faire attention à son alimentation

Généralement, je fais super gaffe à mon alimentation. Là, je n’ai même pas eu le temps de manger. J’ai eu des crampes, ce qui est un signe avant-coureur (de troubles, ndlr), alors je me suis fait un chocolat chaud, du café, et j’ai mangé du chocolat. Mais je n’ai pas pris le temps de me faire un bon repas. Il va falloir que je boive : si les crampes arrivent, c’est que je n’ai pas assez bu.

Le bonheur ? C’est quand ça repartira. Rien que 7-8 nœuds de vent dans la bonne direction, ça fera mon bonheur. Ce seront les alizés ensuite, avec un “tout droit” jusqu’au Nord du Brésil. J’aurai le plaisir de mettre le pilote et de faire seulement quelques réglages. Quand j’entends ma voix, je réalise que j’ai presque du mal à parler…

Aller chercher au plus profond de soi

Mais il n’y a pas de drame, ça reste une course, donc on n’aime pas ça (rester collé). On voit les camarades revenir, peut-être sont-ils passés ? C’est pour ça que je me bats comme un beau diable. Quelle que soit la place, on ne se laisse pas faire. Eux se battent aussi, et c’est normal, quand bien même on s’apprécie. On se dépouille, c’est le Vendée Globe. Et puis on a hâte d’arriver, et plus vite on sortira, plus tôt on sera à la maison. Alors il faut aller chercher au fond de soi ». 


Manuel Cousin s’apprête à contourner l’anticyclone de Sainte-Hélène. Le skipper de Groupe Sétin confie qu’il continue d’apprendre des nouvelles choses tous les jours sur sa course. Il était à la vacation de ce jeudi 21 janvier.

Passage des Iles Falkland

« Le passage des îles Falkland, ça n’a pas été un cadeau. J’étais fatigué après les mers du Sud et j’ai connu 48h très compliquées, j’étais dans une sorte de mini pot au noir. J’étais vraiment cramé ! Depuis, j’ai réussi à me reposer. Moralement c’était dur. J’ai eu au moins 24h00 de vents très faibles, deux à quatre nœuds, totalement erratiques, il fallait constamment manœuvrer. C’est encore plus fatiguant que de prendre un coup de vent. 

J’en suis sorti, je remonte, je fais du nord-est pour contourner l’anticyclone de Sainte-Hélène. Il s’étale sur presque sur toute la largeur de l’Atlantique. On va buter, il va falloir prendre son mal en patience. Au sud de l’Équateur, les anticyclones tournent à l’inverse de chez nous. Ils tournent à l’inverse des aiguilles d’une montre. Je vais chercher des vents portants pour éviter de tirer des bords, c’est pour ça que je vais chercher l’Est de l’anticyclone.

J’apprends tous les jours

« Je continue d’apprendre tous les jours. En bateau plus on navigue, plus on apprend. Sur un Vendée Globe on apprend aussi sur soi, sur tellement de choses ! Ça fait plus de deux mois qu’on est en mer, et je n’avais jamais passé plus d’un mois sur l’eau. On continue d’apprendre sur le bateau, même si maintenant on commence à bien se connaître ! On est seul face à soi-même, on se forge le caractère, on apprend à aller puiser des ressources qu’on ne soupçonnait pas. On va chercher au plus profond de soi-même, notamment par rapport à la fatigue. »

Un café bien mérité

« Je viens de me faire un petit café, un petit déjeuner, tout va bien ! Même si ça fait mal au cœur de voir les copains partir devant. Miranda (Merron) et Clément (Giraud) devraient revenir aussi alors moralement, c’est compliqué. C’est comme ça ! Je ne suis pas patient, mais je travaille sur moi. Le moindre mille gagné est un mille gagné. Il faut faire ce que l’on sait faire, du mieux possible : à la sortie, on n’aura pas de regret.

Cette course mythique, on en a toujours rêvé, c’est une chance énorme d’être là où je suis. J’ai aussi de la chance d’être bien entouré, par mes proches, mes partenaires. On vient aussi chercher un défi humain, on vient voir ce que l’on est capable de faire, jusqu’où on est capable d’aller. Quand c’est dur, tu te dis « tu as voulu être là ». C’est tellement extraordinaire ! Un oiseau, un coucher de soleil, une couleur de l’eau… Quand tu regardes le chemin parcouru, c’est super. »

Après les mers du Sud, Manuel Cousin a eu l’occasion d’une petite pause, mais rapidement, il s’est fait prendre dans les petits airs qui l’ont amené jusqu’aux Malouines, la première terre qu’il observait depuis l’Espagne !

Terre en vue

« Je suis en train de passer enfin les Malouines. Et je dis enfin parce que je galère depuis 24 à 48 heures devant les Falkland ! J’ai du vent sur les fichiers et pas d’air sur l’eau… C’est assez pénible : j’ai eu un mini pot au noir avec un ciel très chargé. Ce n’est reparti que depuis une petite heure avec une dizaine de nœuds de vent. Et je devrais avoir pas mal de brise ce soir. J’ai hâte de redémarrer parce que la remontée de l’Atlantique, c’est toujours très long… Et puis j’ai deux compères qui sont déjà du côté du cap Horn. Et il faut que je dorme un peu aussi parce que le petit temps, c’est très fatigant finalement, même après les mers du Sud. »

« Il me faut du vent plus stable car au niveau température, c’est nettement moins froid et surtout moins humide. C’est devenu « vivable » : on est tout de même en plein été austral ! Mais par ici, il peut faire très gris… façon anglais. Il faut dire que les Falkland sont britanniques : ce sont les premières terres (assez basses) que je vois depuis le cap Finisterre espagnol ! »

Bien armé côté nourriture

« J’en reverrai peut-être le long du Brésil et après, et côté nourriture, je suis bien armé : j’avais prévu pour plus de cent jours de mer ! Et je ne crois pas que j’ai pris de la graisse même si je mange pas mal de calories… Mais j’ai surtout bien envie de retrouver mon port d’attache, aux Sables d’Olonne où je vis désormais à l’année. J’ai hâte de remonter le chenal… »

Manuel Cousin a passé son premier cap Horn sur Groupe Sétin jeudi 14 janvier à 23h38 UTC après 67 jours 10 heures et 18 minutes de course avec une émotion palpable. Un troisième cap qui donne du peps, arrosé d’une petite goutte de calva. Le skipper de Groupe Sétin, installé aux Sables d’Olonne n’en oublie pas ses racines normandes !

Manuel Cousin cap-hornier

« Ça y est, je suis cap-hornier ! Je pense à tous mes proches, à Eric Sétin PGG du groupe et Sébastien Oursel Directeur Logistique qui m’ont fait confiance. C’est un moment extraordinaire. Je suis tellement heureux ! Difficile de faire remonter ce que j’ai à l’intérieur…il. Y a deux minutes, un albatros est venu me dire au revoir. Pour fêter ça, on a plein de bonnes choses ; un gâteau au chocolat de mon ami et partenaire Patrick Gelencser, une petite bouteille de champagne et une flasque de calvados offerte par Sébastien.

Merci Eole de m’avoir laissé passer. C’est loin c’être fini mais c’est un gros morceau qu’on laisse derrière nous. Il faut que je digère ça. Maintenant, on va remonter l’Atlantique et se réchauffer un peu. Ca va faire du bien. »

Il sera passé à sa longitude sans le voir réellement, mais Manuel Cousin se donne un prétexte pour y revenir.

« Ces derniers jours, j’ai refait mes routages pour espérer passer près du célèbre caillou mais ce n’était pas jouable. Cela me faisait perdre une vingtaine d’heures. On est en course, et le but est d’aller le plus vite possible. Je regrette de ne pas l’avoir réellement vu. Il n’y a qu’une solution pour arranger ça, c’est de revenir ! »

Le Grand Sud dans le rétroviseur

Depuis sa dernière avarie de pilote, il y a une semaine, le skipper de Groupe Sétin n’a pas été épargné.

« Durant plus de 15 jours on a enchaîné dépression sur dépression avec des vents violents et une mer chaotique. Avec les soucis de pilote qui ont occasionné des petits dégâts de Groupe SÉTIN, on est passé, malgré tout, pas très loin de la catastrophe. Mais maintenant tout va bien, j’ai retrouvé un pilote qui fonctionne normalement. Je vais pouvoir mettre le clignotant à gauche et remonter en espérant que notre bon vieil Atlantique sera plus coopératif. »

Le skipper de Groupe Sétin reste positif et tire un bilan majestueux des Mers du Sud qu’il abordait pour la première fois.

« Dans les points positifs, il y aura eu ces décors sublimes, tout en nuances de gris, les albatros, et puis le décalage horaire : j’ai été surpris de le vivre dans le Pacifique. En réalité, il m’a hyper perturbé. Les décalages sont énormes et les nuits super courtes. Ce qui est très bien pour manœuvrer, parce que c’est plus simple de jour. Mais j’ai eu du mal à me caler, en sommeil et en nutrition, alors que c’est généralement facile pour moi en transat. »

Devant l’étrave de l’imoca Groupe Sétin, il reste encore 13 100 milles avant l’arrivée soit 30 % du parcours. Manuel est plus motivé que jamais pour rejoindre au plus vite Les Sables d’Olonne, son port d’attache.

Joint à la vacation de ce jeudi matin, Manuel Cousin avoue avoir hâte de franchir le fameux cap.

” Ça commence à sentir le cap Horn ! Je viens de faire une petite sieste en prévision de la fiesta qui va y avoir à bord. Ces deux derniers jours, je n’ai pas dormi : le vent était très instable à l’arrière de la dépression. Il variait de 15 à 30 nœuds en force : il fallait régler tout le temps, c’était compliqué de se reposer. Maintenant que c’est plus stable, je peux dormir un peu. Je ne te cache pas qu’après un petit tour du bateau, c’est ce que je vais faire. 

Les images du Grand Sud

Le Sud, c’est beau, mais c’est usant. Pour ma part, j’ai hâte de passer la ligne du cap Horn. Je ne vais pas le voir, mais psychologiquement, c’est super important, c’est mon premier. Je l’attends avec grande impatience, j’ai hâte de mettre le clignotant à gauche et de remonter le bon vieil Atlantique. 

Quelle image je garde du grand Sud ? C’est difficile, je suis encore tellement dedans, la tête dans le guidon, et concentré à ne pas faire de bêtise. Je dois faire super gaffe jusqu’à ce soir, il faut être dessus. Quand je regarde en arrière, je me souviens de ces paysages magnifiques et de mon premier albatros. J’espérais une houle plus rangée, j’ai trouvé une mer hyper dure. Il paraît qu’elle est rarement comme ça, voire jamais. Je garderai donc ce souvenir d’une mer hachée, très dure, très casse-bateaux.”


“Dans les points positifs, il y aura eu ces décors sublimes, tout en nuances de gris, et puis le décalage horaire : j’ai été surpris de le vivre dans le Pacifique. En réalité, il m’a hyper perturbé. Les décalages sont énormes et les nuits super courtes. Ce qui est très bien pour manœuvrer, parce que c’est plus simple de jour, mais j’ai eu du mal à me caler, en sommeil et en nutrition, alors que c’est généralement facile pour moi en transat. J’en garderai aussi mes galères de safrans et mon problème de pilote automatique, mais tout cela a besoin d’être décanté.”

Le Cap Horn pour cette nuit

J’ai fait plusieurs fois les routages pour voir si j’allais pouvoir faire un détour pour aller voir le caillou, mais il est loin : j’y perdrais 20 heures. Le but est quand même d’aller vite. J’aurais accepté de perdre une heure ou deux, mais là, c’est trop. Ce sera une bonne raison d’y revenir ! Je vis maintenant aux Sables, mais je n’oublie pas mes racines normandes. Mes amis m’aident pour ça : je vais fêter ça avec une petite goutte de calvados “.

Alors qu’il file dans 35 noeuds de vent dans un froid glacial, Manuel Cousin devrait trouver la longitude du Cap Horn dans la nuit de jeudi à vendredi.



A la vacation de 10h00 ce matin avec l’organisation du Vendée Globe, Manuel Cousin est revenu sur son avarie et ses réparations à bord de Groupe Sétin. Il est désormais impatient de passer le mythique cap Horn. 

Une phase intermédiaire

” On est dans une phase avec un petit peu moins de de vent, et ça fait du bien, même si on avance un peu moins vite. Ça faisait 15 jours qu’on enchaînait dépression sur dépression et avec les soucis de pilote qui ont occasionné des petits dégâts de Groupe SÉTIN, rien d’irrémédiable heureusement, ça me permet de faire un petit check aujourd’hui. Le jour se lève, ça se recale gentiment, et je vais pouvoir profiter de ces heures de répit pour vérifier tout le bateau et regarder ce qu’il s’est passer au niveau du pilote.

C’était très violent, j’allais quand même assez vite, j’avais 35 nœuds, la mer était croisée, il y avait 6 mètres de creux, je faisais des pointes à 25 nœuds et d’un coup le bateau est parti à l’abattée. Je pensais tout casser. Il y a eu des dégâts, mais on s’en sort pas mal par rapport à la violence de la sortie de piste. Tout a été changé où réparé assez rapidement. J’ai pu reprendre ma route une dizaine d’heures après. On ne s’en sort pas trop mal. On passe du bien-être à une situation ou tout vous tombe sur la tête. On se rend compte que tout peut s’arrêter d’un coup. J’ai d’ailleurs une grosse pensée pour Isabelle (Joschke). Il faut profiter de chaque moment et faire très attention.

C’est dur physiquement

On a chacun nos lots de misères, on s’écrit de temps en temps entre nous et il n’y a pas un seul bateau ou il n’y a pas eu de problèmes. Je crois qu’il faut faire avec tant que ce n’est pas trop grave. A chaque fois c’est une petite victoire.

J’espère que ma prochaine petite victoire, grosse pour moi, sera le passage du cap Horn. Ça commence à être concret sur la cartographie. J’espère pouvoir le passer jeudi matin ou vendredi matin tôt. Même pour des marins qui l’ont passé plusieurs fois, c’est un truc de dingue de voir le cap Horn se rapprocher. Je suis un petit peu superstitieux donc chaque chose en son temps. Dans le symbole et mythique du Vendée Globe, c’est une très grosse partie pour moi.

Psychologiquement on en prend un coup et physiquement aussi. Affaler la grand-voile complètement, coudre ces voiles épaisses et lourdes, remettre le chariot, c’est dur. Sur le coup t’as l’énergie de la hargne pour le faire donc tu ne le sens pas, mais le lendemain j’avais des courbatures partout, mes mains ont doublé de volume.

Physiquement on en prend un coup quand même. Ça se remet petit à petit. Ces petits moments de répit permettent de se remettre d’aplomb, on est plus serein, bien manger. C’est un vrai couple homme / bateau qu’on doit amener au bout. On pense beaucoup au bateau, mais il ne faut pas s’oublier là-dedans car c’est des bateaux qui demandent beaucoup de physique. ” 

Alors qu’il navigue en direction du Cap Horn, Manuel cousin revient sur l’épisode difficile lié au bug de son pilote, et qui a occasionné pas mal de dégâts sur Groupe Sétin.

Arrêt brutal du pilote

Je naviguais à l’arrière d’une dépression avec environ 6 mètres de creux quand mon pilote a eu la mauvaise idée de choisir ce moment pour se mettre en alarme et se couper alors qu’il était en mode vent…Je passe donc sur le pilote de secours et pour une raison encore inexpliquée, le pilote de secours reprend la barre et abat en grand. Il tire la barre dans le coin d’un seul coup ! Pas le temps de réagir…

Le bateau part à l’abatée dans un fracas énorme !!! Le bateau est à plat sur l’eau, quille à l’envers, matossage…Bref, la totale…On connaî le mode d’emploi pour rétablir la situation…Choquer les écoutes, la bastaque, remonter la quille… Mais là les conditions sont vraiment mauvaises et je n’ai plus de pilote car le principal est en défaut et le secours fait n’importe quoi ! Seule solution pour essayer de retrouver un pilote valide…aller à l’intérieur pour éteindre et rallumer le pilote 1″.

Faire un reset en fait, mais pour ça il me faut une dizaine de seconde sans pilote et sans tenir la barre car la manipulation ne peut se faire que de l’intérieur….J’essaie d’équilibrer le bateau en choquant au max les écoutes, je saute à l’intérieur pour faire la manipulation mais je n’ai pas le temps de ressortir pour reprendre la barre que le bateau repart à l’abatée dans l’autre sens et là, la bôme qui est longue sur mon bateau ne trouve pas mieux de choper au passage la bastaque au vent pour l’emmener dans un nouveau fracas avec elle. Le bateau est à nouveau couché sur l’eau mais la bastaque ce coup-ci sous l’eau est prisonnière de la bôme ….

Bastaque à l’eau

Je n’ai donc plus rien pour tenir mon mât !! Il ne tient que par les barres de flèches poussantes que je regarde avec effroi en espérant que ça tienne le temps de ramener le bateau dans une position un peu plus standard…Heureusement, la bastaque se défait quand la bôme repasse de l’autre côté. Je peux donc tenir le mât toujours en bonne position. Le pilote 1 repart et je rétabli la situation …Je peux vous assurer que ce sont des minutes bien longues et pas drôle à vivre…

Etat des lieux

Il est temps de faire l’état des lieux des dégâts…Le bruit est tellement énorme et les chocs tellement violents que l’on a l’impression que tout à explosé…Et même si il y a quelques dégâts , on s’en sort pas mal au vu de ce qui s’est passé… J’ai la GV déchirée sur un rectangle de 70X50cm …Elle est arrivée en butée sur le bout de la barre de flèche et a poinçonnée, un chariot de GV à changer car la barre de flèche s’est arraché de son logement et une déchirure de 70 CM sur mon J3 que je venais heureusement de dérouler pour remplacer mon petit gennack car le vent était encore monté. Après inspection, pour l’instant je n’ai rien détecté de plus….

Route au Nord

J’ai donc décidé de faire cap au nord ou la météo prévoyait heureusement quelques heures d’accalmie qui devait me permettre de réparer mais il ne fallait pas perdre de temps…Grâce aux conseils de Rémi Aubrun (All purpose) et aux matériaux embarqués avant le départ , j’ai pu assez rapidement effectuer la réparation de la GV en me cousant une fois la voile, une fois les doigts…Exercice pas simple a effectuer avec la houle qui restait forte même si le vent s’était un peu calmé , puis changement du chariot de mât , remise en place de la latte. J’ai rentré le J3 à l’intérieur et hissé le tourmentin en attendant et j’ai pu reprendre ma route après une bonne journée  de boulot intense…

Encore un épisode tendu, après celui de mes safrans…(pas d’évolution négative mais ils restent sous haute surveillance)…J’avoue qu’il me tarde maintenant de voir le tant convoité Cap Horn en espérant que mon pilote n’ai pas d’autres mauvaises intentions comme celle d’hier….

Je profite pour remercier mon équipe pour son soutien et toutes les personnes qui m’ont envoyé des messages tous plus sympa les uns que les autres… Je vous souhaite à tous un bon weekend, peut-être un peu moins mouvementé que le mien !

Alors qu’il se situait au passage du point Nemo dans l’océan Pacifique, Manuel Cousin a dû faire face à un arrêt brutal de son pilote automatique vendredi 8 janvier en début d’après-midi HF. Le point Nemo est, à la surface du globe, le point le plus éloigné de toute terre. Le skipper a immédiatement contacté la Direction de Course du Vendée Globe pour expliquer qu’il allait faire route plus Nord, afin de s’éloigner de la dépression dans laquelle il se trouvait. Joint par son équipe, il explique la situation.

Des voiles à réparer

Je faisais route ce matin sous grand-voile 2ris J3 avec 35 à 40 noeuds de vent. Le pilote s’est arrêté d’un seul coup et le bateau est parti à l’abattée. La bôme est partie d’un seul coup, ça vraiment tapé fort. il ne fallait pas être sur le chemin de la bôme. Quand on empanne dans 40 noeuds, forcément, ça fait des dégâts. J’ai une latte de charriot arrachée, la grand-voile et le J3 à réparer, il faut que je regarde en détail. Ça ne va pas être simple et je fais route Nord pour essayer d’aller chercher du vent un peu moins fort. Normalement tout est réparable, Il faut que je checke et que je trouve surtout pourquoi le pilote s’est arrêté brutalement; parce que finalement c’est ça le plus important. “

Heureusement Manuel Cousin va bien et n’a subi aucun dommage corporel. A la vacation du matin, juste avant l’avarie, il expliquait que la route des Mers du Sud lui semblait bien longue !

Quelques heures de perdues seulement

Après des réparations de fortune menées tambour battant sur sa grand-voile et son J3, Manuel Cousin a remis sa grand-voile dans la nuit pour reprendre sa route. il n’a pas perdu de place au classement et figure toujours à la 22ème position du Vendée Globe 2020. Il devrait passer le Cap Horn en milieu de semaine prochaine.

Manuel Cousin, actuellement 22ème sur le Vendée globe 2020 est partagé entre le bonheur de naviguer dans le Pacifique Sud et l’impatience d’en sortir. Les conditions de mer et de vent sont encore “casse-bateaux” et Manu vise la sécurité avant tout pour pouvoir terminer son Vendée Globe.

Un mer hyper dure

« J’en ai tellement rêvé d’être là ! J’essaie d’en profiter même si j’avoue qu’on a hâte de sortir de ces mers du sud, de prendre la porte du cap Horn. De voir les copains qui l’ont déjà passé, ça donne envie ! On commence à en avoir assez ! Je ne m’attendais pas à ça, je rêvais de grandes houles. Je viens de refaire un empannage pour essayer d’avoir des conditions un peu moins pires. La mer est hyper dure, c’est n’importe quoi. On est obligé de réduire la vitesse parce que le bateau retombe dans les vagues avec fracas. La mer est courte et très mauvaise. Il faut éviter de tout casser.”

Une semaine avant le Horn

« Cela gâche un peu le plaisir pour être honnête. C’est bon maintenant, on a vu, on a compris, il me tarde d’en sortir. Je serre les fesses car j’ai toujours mes fissures sur le safran. J’ai parfois mal pour le bateau. Ce n’est pas simple à vivre mais il nous reste grosso modo une petite semaine pour parer le Horn avec un bateau indemne.

Je ne suis pas loin du Point Nemo, je sais que je suis loin de tout donc il ne faut pas faire n’importe quoi. C’est dingue de se dire qu’on est au milieu de nulle part quand on dé-zoome la carte ! Cela fait tout bizarre d’être loin de tout, d’être plus près des astronautes que de la terre. C’est curieux ! »

Pas vu la terre depuis Les Sables d’Olonne

« On a l’impression d’être dans un autre espace-temps. C’est à la fois majestueux, mais cela peut faire peur aussi par cette immensité d’eau. Je n’ai pas vu de terre depuis longtemps. Je ne me rappelle même plus de la dernière terre que j’ai vue. Je crois bien que c’est Les Sables d’Olonne. On oublie en fait, c’est tellement loin maintenant.

J’avoue que depuis une semaine ou deux, c’est compliqué le rythme à bord. J’ai pour habitude de garder un rythme bien séquencé avec les repas en heure TU. Je me sens très décalé, les nuits sont très courtes, je saute un repas, je sais ce n’est pas terrible, mais je ne m’attendais pas à ça. Cela fait partie des choses qui m’ont perturbée. Rien de grave mais pour le sommeil ce n’est pas simple. »

Un décalage horaire qui se fait sentir

« Je pensais plus souffrir du froid, et en fait je le vis bien. C’est plus le décalage horaire qui m’a surpris. Je fais gaffe à moi, je me change, cela fait partie de mon bien-être. Je mets mes cirés à chaque fois pour aller manœuvrer, l’idée c’est de garder un intérieur sec et vivable. »

A quasiment deux mois de course, Manuel Cousin a maintenant hâte de voir le bout du tunnel de ces Mers du Sud. Il a bénéficié, ces derniers jours, de conditions propices à une belle moyenne. Plus de 390 milles parcourus sur 24h00 et 3ème bateau le plus rapide de la flotte.

Un Pacifique qui ne mérite pas son nom

« Je ne suis pas sûr que le Pacifique mérite vraiment son nom ! Les grands surfs sur la longue houle ne sont pas vraiment au rendez-vous. Pour mon premier Vendée Globe, j’avais imaginé des conditions différentes dans le Pacifique, un océan plus ordonné que ça !

Je me sens plutôt en forme physiquement, même si l’effet de la fatigue commence à se faire sentir. J’ai notamment quelques petites tendinites mais rien d’inquiétant. Il faut dire que j’ai multiplié les empannages ces derniers temps. »

Un bateau sous haute surveillance

« Les safrans de Groupe Sétin restent un dossier très sensible. Je les surveille constamment. Cela influe sur ma façon de naviguer et de prendre les dépressions mais je reste dans le tempo. Il faudra aussi, quand le temps le permettra, que j’arrive à retendre une partie du gréement.

Mais pour l’instant, l’heure est plutôt à se concentrer sur la meilleure route possible pour aller chercher le dernier cap mythique. Je sais déjà que je vais rencontrer des dépressions bien costauds. Je n’oublie pas que l’objectif principal est de boucler la boucle. »

Cap Horn en vue

Alors que Manuel Cousin se rapproche du point Nemo, il devrait passer son premier Cap Horn en milieu de semaine prochaine.

« C’est encore un peu loin pour moi, il me reste 2500 milles à parcourir avant d’y arriver. J’ai appris énormément de choses durant ces deux mois de course, sur ma façon de naviguer évidemment, mais aussi sur ma façon d’aborder les choses plus posément, de gérer le stress. Le cap Horn, je l’attends mais je savoure aussi le temps qu’il me reste pour y parvenir. »